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Le vignoble roumain en plein effervescence

Le territoire dace a toujours été une grande région viticole. L’arrivée du communisme lui a fait perdre de sa superbe, préférant le rendement à la qualité. Aujourd’hui, à Dragasani, des viticulteurs tentent de redorer le blason du vin roumain. A l’image de la « vila Dobrusa », tenue par un oenologue français.

IMG_3504-2Le domaine Avincis possède 40 hectares de vignes. (Crédit Photo : Elodie Cousin)

La Roumanie n’a pas à avoir honte de son vin. Un message que souhaitent faire passer les viticulteurs de la région de Dragasani, située à l’ouest de Bucarest. Réputé depuis le 16e siècle, le territoire recèle de nombreuses parcelles de vignes.

Sous le régime communiste, les vignerons furent expropriés et remplacés par une entreprise-vinicole d’Etat. A la chute de Ceausescu, ces derniers ont réclamé leur dû. Parmi eux, Cristiana Stoica, descendante d’une famille de vignerons de Dobrusa, et son époux, Valeriu, ex-ministre de la Justice de 1996 à 2000.

A la tête d’un très grand cabinet d’avocats de Bucarest, le couple – bien placé pour obtenir gain de cause – se plonge dans un travail administratif titanesque afin de récupérer le domaine familial. Avec succès. En 2007, les premiers travaux débutent.

Des fonds européens pour relancer la viticulture

Les Stoica font rénover la villa familiale, implantée au milieu des vignes. Ils en font leur résidence secondaire mais aussi le cœur de leur société vinicole. Soucieux de faire revivre le vin roumain, ils investissent entre 8 et 10 millions d’euros dans la construction d’une grande bâtisse dotée d’une immense cave, et équipée de tous le matériel nécessaire à la vinification, la conservation et l’embouteillage.

Une vocation inspirée par Guy de Poix. Un Corse qui s’implanta dès 1993 au nord de Bucarest, dans le département de Buzau. A la fin des années 90, seuls cinq domaines prêtaient attention à la qualité du vin. Aujourd’hui, les efforts du Français ont payé : Terra Romana est l’un des vins les plus réputés du pays, et d’autres tentent de le rattraper.

Depuis l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne, les fonds permettent de réinvestir dans l’industrie viticole. Mais aucun effort n’a encore été réellement fourni quant à une potentielle valorisation des vins roumains.

IMG_3599Angela Prado est la directrice marketing d’Avincis (Crédit photo : Elodie Cousin)

En 2009, ils font appel à un jeune œnologue français. Ghislain Moritz n’a que 26 ans lorsqu’il pose ses valises sur le territoire. Mais son savoir-faire appris en Bourgogne dans le Mercurey, séduit les propriétaires. Avec sa femme colombienne, Angela, directrice du marketing, ils sont les deux seuls employés non roumains du domaine, qui produit des vins siglés d’Avincis.

Le couple Stoica emploie une équipe de neuf personnes. Le reste du travail agricole est fourni par les habitants des villages alentours. Celui de Dobrusa, qui se situe en contrebas, est le plus gros pourvoyeur de main-d’œuvre. Un journalier est payé 45 lei, soit environ 10€.

Les villageois sont pour la plupart autonomes dans leur travail. Cette source de revenus leur permet d’améliorer leurs conditions de vie. « Le but est d’employer des familles, explique Angela Prado. Si monsieur travaille chez nous, on appelle aussi sa femme, son frère. C’est un petit cercle. Cela permet de faire bouger le village. Le travail est certes difficile mais il reste une aide pour eux. »

En finir avec la piquette

Aujourd’hui, le domaine Avincis s’étend sur 40 hectares de vignes plantées. Avec des cépages locaux, comme le feteasca regala ou le tamaioasa romaneasca, mais aussi français, tels le pinot noir, le merlot ou le cabernet sauvignon.  Il attire de nombreux visiteurs intéressés par la réhabilitation du territoire. La propriété dispose aussi de gites de luxe, ouverts à la réservation pour de courts séjours. Une manière d’investir dans le tourisme, en attirant Roumains et étrangers.

La réputation des vins de Dragasani se crée maintenant. Une image ternie sous le communisme, avec de la « piquette » de mauvaise qualité. Habituée au marché français, Angela Prado évoque l’ambition de développer ce commerce : « C‘est une nouvelle manière de concevoir le vin. L’avantage des Roumains c’est leur soif de changer. Cela va très vite. Mais il est nécessaire qu’ils apprennent pour pouvoir comprendre notre vin.« 

En quatre ans, Avincis est passé d’une production annuelle de 10.000 bouteilles à 120.000. Les stocks s’écoulent par l’intermédiaire des restaurants, des magasins spécialisés ou encore directement au domaine. « S’il se vend au supermarché, les Roumains vont penser que notre vin est trop cher« , justifie Angela Prado. Les prix s’échelonnent de 20 à 65 lei (5 à 15 euros) la bouteille.

A terme, Avincis vise l’export. « Nous cherchons des pays qui ne produisent pas de vin, et qui pourraient être intéressés par le nôtre, précise Angela Prado. Nous sommes aussi en contact avec les États-Unis. Ils n’ont pas d’idées préconçues de la Roumanie comme la France« .

Cristiana Stoica : « Je plaide pour les clients et le bon vin de Roumanie »

6L8A1834-2Cristiana Stoica, propriétaire avec son mari du domaine, descendante d’une famille de vigneron de Dobrusa.

Pourquoi investir dans la région de Dragasani ?

Tout d’abord parce que ma famille avait des terres à cet endroit que j’affectionne particulièrement. Un patrimoine à la fois culturel et historique qui pourrait potentiellement faire de cette région un lieu très touristique. C’est dans cet environnement que le domaine Avincis s’intègre. Il permet d’imaginer, pour le futur, un itinéraire qui allierait le vin, le patrimoine et ferait vivre toute la région de Dragasani. Il faut que les Roumains comprennent qu’ils sont capables de faire de bonnes choses. Nous avons une tradition vieille de plusieurs siècles. Malgré la période terrible du communisme, nous devons nous rappeler que nous sommes capables. Aujourd’hui, auprès de mes amis, je me définis comme avocat-vigneron : je plaide pour les clients et le bon vin.

Une initiative suivie par le gouvernement ?

Pour le moment, c’est un investissement privé. Mais des réactions locales se font sentir. En 2007, la seule route qui menait au domaine faisait la largueur d’une table et était pleine de trous. Aujourd’hui il existe une grande route nationale qui mène jusqu’à Dragasani. J’espère avoir encore mieux. Ma volonté ne suffit pas ! Ma force physique et financière non plus ! L’Etat doit s’impliquer aussi. Il faut que le gouvernement développe une stratégie et que cela soit sur le long terme. Pour le moment, ce qui se passe à Dragasani est unique.

Comment voyez-vous Dragasani demain ?

Nos efforts permettent d’influencer les autres viticulteurs, surtout à petite échelle. Le bon exemple peut être suivi par les autres. On peut avoir l’impression que nous sommes isolés là-bas, mais en réalité nous sommes plusieurs. Des viticulteurs associés qui veulent montrer que l’on peut redorer l’image du vin haut de gamme du pays. Les Roumains doivent comprendre qu’on ne peut pas être connu et s’imposer en Europe si on ne fait pas de choses typiques à la roumaine.

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