Pour l’instant, que ce soit sur Internet ou en dehors, la possibilité de régler une transaction en bitcoins est très rare. Certains prédisent qu’il en sera toujours ainsi. Ces gens-là pensent que les bitcoins sont utilisés uniquement en raison du relatif anonymat qu’ils permettent (alors qu’en réalité une transaction peut être dés-anonymisée assez facilement par les autorités). Ils imaginent que la seule utilité économique de cette nouvelle monnaie réside dans la possibilité d’effectuer des transactions illicites – comme acheter de la drogue ou blanchir de l’argent – dans une relative discrétion, et ainsi échapper à la loi.

Un sénateur américain, dans un élan de perspicacité si caractéristique des hommes politiques, a d’ailleurs récemment demandé l’interdiction des bitcoins aux États-Unis, en invoquant cet argumentaire. Aujourd’hui nous allons voir pourquoi ce genre d’analyse est complétement erronée. Et pourquoi, de marginal actuellement, le paiement en bitcoins va devenir une banalité à moyen terme, et probablement la seule option possible à long terme.

Il est vrai que Silk Road, le premier site marchand majeur à utiliser les bitcoins comme moyen de paiement, permettait d’acheter des produits et services illégaux. Il est aussi vrai que la plupart des sites du Deep Web utilisent les bitcoins comme monnaie. Toutefois, jusqu’à preuve du contraire, le dollar et l’euro sont beaucoup plus utilisés pour des activités illicites que les bitcoins. Faut-il les interdire pour autant ?

Il faut également être conscient que les criminels sont une catégorie de la population qui s’adapte extrêmement rapidement aux nouveautés technologiques. Par exemple les criminels étaient parmi les premiers à utiliser les automobiles, puis les téléphones portables. Fallait-il pour autant bannir ces technologies ?

A part le marché noir, l’industrie du porno a également beaucoup à y gagner. Car on imagine sans peine que la plus grande discrétion permise par le paiement en bitcoins par rapport à celui par CB est plus attrayante pour le consommateur. Il est surprenant que ce genre de sites ne l’ai pas encore massivement adopté, même si depuis le début de l’année 2014 des annonces d’implémentation se succèdent, démontrant que ce milieu commence enfin à comprendre l’intérêt. L’industrie des jeux en ligne a également beaucoup à gagner de la fluidité du transfert d’argent permise par les bitcoins (on peut penser que le client rechargera son compte de jeu plus facilement et dépensera ainsi davantage).

Mais la destiné de Bitcoin n’est pas de révolutionner le marché noir, le porno et les jeux d’argent sur Internet. Non, sa destiné est de révolutionner la totalité des paiements mondiaux. Que ce soit sur Internet ou non. En effet, la discrétion du paiement est loin d’être la caractéristique la plus intéressante.

Les deux caractéristiques les plus cruciales du point de vue de l’entreprise lambda sont plutôt la réduction des frais de transactions et l’augmentation de la taille du marché permis par l’utilisation des bitcoins comme moyen de paiement.

Et ces deux caractéristiques devraient éveiller le vif intérêt de n’importe chef d’entreprise ne serait-ce qu’à moitié compétent, car elles se traduisent concrètement par une augmentation du chiffre d’affaires et une augmentation des marges de l’entreprise. Autrement dit : davantage de clients, et un plus grand bénéfice par client. Le Graal pour tout entrepreneur.

J’en avais déjà touché un mot dans cet article, la structure automatisée et décentralisée du système permet d’éviter de faire appel à des entreprises comme PayPal, Visa, Mastercard et tous les divers processeurs de paiement pour effectuer un transfert d’argent d’un individu A à un individu B. Comme elles ne font appel à aucun travail humain, les transactions en bitcoins sont quasiment gratuites. Sachant que le coût moyen d’une transaction impliquant une CB est d’environ 2%, si une entreprise internet à une marge de 20%, cela signifie que 10% de sa marge est absorbé par les frais de transaction. Pour une entreprise ayant une marge de 5%, cela fait 40% ! Bitcoin peut potentiellement permettre aux entreprises sur internet d’augmenter leur marge de plusieurs dizaines de pourcent.

En dehors d’Internet, les chiffres sont un peu moins spectaculaires car la totalité des transactions n’est pas effectué par CB. Les paiements en cash n’entraînant pas de frais de transaction, l’augmentation de marge n’aura donc pas lieu sur la totalité des paiements. Mais le gain existera bel et bien, et sera conséquent. Et plus une entreprise reçoit une proportion importante de ses paiements par CB, plus elle a intérêt à se faire payer en bitcoins.

Concernant l’augmentation de la taille du marché, ce point concerne surtout les business sur Internet. Car avec le cash et le contact physique, il n’est pas nécessaire d’avoir une banque pour consommer. Toujours est-il que jusqu’à présent, avoir une banque était une quasi-obligation pour consommer via Internet. Or dans un pays comme les Etats-Unis le taux de non-bancarisation est de 10%, dans les pays pauvres ce taux peut monter à plus de 90%. Et l’on estime que d’ici 2020, 5 milliards d’être humains seront connectés à Internet. Le facteur limitant pour la consommation par Internet ne sera donc pas l’absence de connectivité, mais l’absence de compte bancaire. Et c’est un problème que Bitcoin résout ! Il donnera à quiconque ayant une connexion, l’accès au gigantesque marché mondial qu’est Internet.

La troisième et dernière caractéristique intéressante des bitcoins pour les entreprises – je la considère moins fondamentale que les deux autres –  est l’absence de chargeback. Il faut savoir qu’une transaction par CB peut être annulée a posterio (en cas de vol de la CB/d’usurpation d’identité), et ce délai d’annulation est beaucoup plus long que le délai de livraison du produit. Ainsi une entreprise peut se retrouver à avoir déjà livré un produit, et voir le paiement de ce produit annulé par PayPal ou Visa, sans aucun recours à sa disposition si ce n’est noter silencieusement sa perte dans ses comptes. C’est un risque qui rajoute de l’incertitude pour l’entreprise et qui peut finir par coûter une somme importante d’argent sur le long terme. Or ce risque est supprimé par les bitcoins puisqu’une transaction en bitcoins est irréversible du fait de la nature décentralisée du système (personne n’a le pouvoir et la possibilité technique d’annuler une transaction).

Voilà donc pourquoi de plus en plus d’entreprises vont accepter ce moyen de paiement : initialement, dans l’unique but d’augmenter leurs profits. Mais rapidement, afin de gagner des parts de marché, des entreprises vont choisir de baisser leurs prix plutôt que d’augmenter leur marge. Les entreprises conservatrices préférant le statu quo ne pourront pas suivre les baisses de prix. Elles perdront alors constamment des parts de marché. Pour elles, le choix se résumera à : s’adapter ou périr.

A long terme, ce processus compétitif va généraliser le paiement en bitcoins. La concurrence empêchera également les marges d’augmenter durablement, et transformera le gain initial en baisse de prix. Cela aboutira à un transfert de richesse : des poches des actionnaires de PayPal, Visa, etc., vers celles des consommateurs.


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