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Made in France et Révolution industrielle sont incompatibles

Une marinière et un blender Moulinex plus tard, Arnaud Montebourg relance l’idée de la consommation « 100% français ». C’est au salon du « Made in France » qu’il l’évoquait dernièrement.

«  La France a fait la première révolution industrielle, la deuxième, elle fera la troisième autour du Made in France ». Voici ce que déclarait le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg pour inaugurer le premier salon du Made in France, le 9 novembre. Un salon dont le nom va pourtant à l’encontre de ses revendications : il est formulé dans la langue de Shakespeare et non dans celle de Molière. Mais passons.

Une formule aussi concise qu’efficace, en un mot : médiatique. Mais qui est également un non-sens. Car comme le déclarait Arnaud Montebourg, le 19 août à la fête de la rose de Frangy,

« qu’est-ce qu’une révolution industrielle ? c’est la rencontre d’une source d’énergie avec un moyen de transport ».

Tout comme le charbon bouleversait le XIXème siècle, l’électricité et le pétrole révolutionnaient le XXème. Et ils bousculèrent, de fait, les moyens de production et de transport de l’époque.

Alors quelle est la place du Made in France dans ce processus ? Il n’en a pas. Car – expression qu’Arnaud Montebourg aime usiter – il s’agit d’adopter une politique de « patriotisme économique ».  Et non pas de redynamiser la production industrielle par l’innovation technique, ce qui était le cas des deux premières révolutions.

Là  il s’agit de combattre la mondialisation des moyens de production par la régression : depuis près de soixante ans la mondialisation reprend son cours, après un choc des protectionnismes en Europe, des années 1930 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui avait freiné le processus d’expansion des échanges. Alors combattre ce phénomène pour favoriser un retour au patriotisme – ou plutôt protectionnisme – économique, c’est bien une régression.

« Made in », kesako ?

Par ailleurs, le « made in » est une notion floue. Car, tout d’abord, elle n’est pas exhaustive. Depuis le morcellement et la mondialisation de la chaîne de production, un simple vêtement fait le tour du monde pour être conçu. Si bien qu’une multitude de pays pourraient apposer leur propre  « made in » dessus.

Bien sûr, ces appellations sont contrôlées, tant par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes) que par la direction générale des Douanes.

Les critères pour définir l’origine d’un produit sont multiples et dépendent essentiellement de sa nature. Pour une partie des biens, on applique la notion d’ « entièrement obtenu » (c’est à dire entièrement produit dans le pays en question). Pour d’autres, c’est la « dernière transformation substantielle » qui détermine la provenance. Autrement dit, la dernière opération effectuée ayant un impact significatif sur le prix du produit, au départ de l’usine. Mais de toute manière, aucune loi n’impose aux fabricants d’indiquer l’origine des biens vendus, mis à part dans le secteur alimentaire et agricole.

Le « fabriqué en France » reste encore une notion vaporeuse. Alors on se demande davantage ce que notre ministre du Redressement productif voulait signifier, lorsqu’il assimilait Made in France et révolution industrielle. Mais cela ne voudrait-il simplement rien dire ? Ce ne serait qu’une simple formule médiatique pour marquer sa bonne volonté de relancer l’industrie française.

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