A Bucarest, les filles de l’association Verb aimeraient voir leur pays natal, la Moldavie, s’unir à leur pays d’accueil, la Roumanie. Ensemble, elles partagent un logement et luttent contre les préjugés des Roumains envers les Moldaves.

Elles sont dix filles. Dix étudiantes moldaves vivant à Bucarest et rassemblées autour d’un même rêve : réunir la Moldavie et la Roumanie. Nicoleta, 24 ans, est à la tête de ce petit groupe de militantes. Proche de l’association Actiunea 2012 -mouvement pro-réunification entre les deux pays-, elle a décidé de créer sa propre formation, Verb (Vocea Etnicilor Români din Basarabia, La voix des ethnies roumaines de Bessarabie), afin de rassembler les jeunes moldaves installés dans la capitale roumaine.

Nicoleta est la présidente de l'association Verb (Vocea Etnicilor Români din Basarabia).

Nicoleta est la présidente de l’association Verb (Vocea Etnicilor Români din Basarabia).

Depuis leur local situé au sud de Bucarest, la troupe organise des actions ambitieuses. En 2013, elles ont fait la tournée des écoles roumaines – 200 au total – pour sensibiliser les collégiens et lycéens à la cause unioniste. « Nous leur expliquons que les Moldaves sont des Roumains comme les autres, que nous partageons la même langue, la même culture, la même histoire, et que nous serons plus forts ensemble », énumère Nicoleta qui a obtenu toutes les autorisations nécessaires pour délivrer ce discours politique en milieu scolaire. « De la propagande ? Non, de l’information ! Car finalement les Roumains savent peu de choses de la Moldavie », assure-t-elle. 

Mais l’association assure aussi l’intégration de jeunes moldaves débarquant à Bucarest. « Beaucoup sont choqués et déçus lorsqu’ils arrivent ici car la ville ne correspond pas à l’image idyllique qu’ils en avaient. Sans parler de la séparation avec la famille et les amis. Notre but est donc de leur permettre de bien s‘intégrer et de ne pas s’isoler », explique la jeune femme. Leur groupe vient grossir les rangs du mouvement unioniste – mouvement comportant par ailleurs une mouvance radicale et ultra-nationaliste – qui s’affiche sur les murs de la ville à grands renforts de graffitis proclamant « Basarabia e România » (La Bessarabie est roumaine).

Elena, 18 ans, vit à Bucarest depuis quatre ans.

Elena, 18 ans, vit à Bucarest depuis quatre ans.

Elena, 18 ans et membre de Verb, a souffert lors de son arrivée à Bucarest : « Je n’avais que 14 ans lorsque mes parents ont décidé de m’envoyer à Bucarest, car la qualité de l’éducation y est bien meilleure. Au début, les professeurs avaient des préjugés, mais ils ont disparu au fil du temps « , se souvient-elle.

Très engagée, la jeune fille considère que l’intégration de son pays natal à l’Union européenne est nécessaire, mais pas suffisante, et se dit convaincue que l’unification est déjà en cours de réalisation. Quel que soit le scénario à venir, Elena souhaite retourner dans sa région une fois diplômée : « Rentrer à la maison, c’est comme un voyage dans le temps : tout s’est arrêté et l’économie n’offre pas d’opportunités. Mais je veux revenir et changer les choses là-bas », assure l’étudiante.

Trait d’union

La plupart des militantes sont hébergées dans des logements alloués par l’Etat roumain. Marina, 20 ans, et Claudia, 21 ans, occupent une chambre dans une résidence étudiante qui accueille principalement des jeunes moldaves et se trouve à une heure et demie de transport du centre-ville. « Les étudiants moldaves n’ont pas à payer de loyer, nous sommes hébergés gratuitement. Nous sommes aussi nombreux à recevoir une bourse mensuelle de 60 euros, détaille Marina, le gouvernement nous aide car nous sommes le trait d’union entre les deux pays. »

La résidence étudiante accueille principalement des étudiants moldaves qui sont hébergés gratuitement.

La résidence étudiante accueille principalement des étudiants moldaves qui sont hébergés gratuitement.

Dans l’ombre des lits superposés, des icônes, des photographies de famille, et des souvenirs de Moldavie, sont coincés entre les lattes de bois. A leur étage, elles sont soixante-dix à partager les sanitaires et la cuisine commune. « Au début, c’était très difficile de supporter la vie en collectivité. J’avais besoin d’espace, d’intimité, mais je me suis adaptée et j’ai même appris à méditer avec des gens autour de moi ! », se félicite Claudia.

Claudia (à g.) et Marina (à dr.) partagent une chambre et leur combat pour l'unification de la Roumanie et de la Moldavie.

Claudia (à g.) et Marina (à dr.) partagent une chambre et leur combat pour l’unification de la Roumanie et de la Moldavie.

Dans quelques mois, les deux amies quitteront provisoirement Bucarest pour Lyon, en France. Mais le retour au pays et le chemin vers l’unification entre la Moldavie et la Roumanie restent leurs premières préoccupations. Pour Marina, le doute n’est pas permis : « Je veux emmagasiner un maximum de connaissances et d’expériences pour pouvoir revenir et changer les mentalités. L’unification n’est pas juste un rêve, c’est une nécessité. »


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